Le projet RÉFLEXIONS
PASSER DU PERSONNAGE À L’ÊTRE
La vie nous conduit parfois à nous éloigner de qui nous sommes profondément, de nos valeurs, et à endosser peu à peu un personnage façonné par nos expériences, nos habitudes et le regard des autres. Il arrive alors qu’un sentiment d’insatisfaction, de décalage ou d’inaccomplissement apparaisse — comme le signe qu’une part plus profonde de nous-mêmes demande à être reconnue.
RÉFLEXIONS questionne cet écart entre l’être et le personnage, entre ce que nous sommes et l’image que nous avons appris à reconnaître et à montrer.
Le projet invite à faire de cet écart un espace d’exploration : déplacer le regard, questionner nos certitudes, laisser émerger ce qui demeure au-delà de l’apparence — et, par la photographie, le rendre visible.
RÉALISATION DES PHOTOGRAPHIES
Pour RÉFLEXIONS, j’ai accompagné chaque modèle dans cette recherche d’une présence plus dépouillée, au-delà de l’image qu’il ou elle avait l’habitude de voir dans le miroir ou de présenter aux autres.
J’ai choisi pour cela une mise en scène volontairement épurée : sans maquillage, coiffure apprêtée, bijoux ni vêtements visibles. Les épaules dégagées effacent les signes extérieurs pour concentrer le regard sur le visage, l’expression et la présence.
Le noir et blanc participe de cette même intention : laisser émerger l’essentiel sans que la couleur détourne le regard. Le format carré renforce quant à lui l’équilibre et la sobriété de la composition.
Pour chaque modèle, j’ai réalisé deux prises de vue dans des configurations d’éclairage inversées. Les poses sont aussi semblables que possible. Pourtant, les deux portraits ne sont pas réalisés de la même manière : à gauche, je photographie directement le modèle de face ; à droite, je photographie son reflet dans un miroir, tandis qu’il me tourne le dos.
Je réunis ensuite les deux photographies dans une même image, séparées seulement par le fil du miroir.
Ce qui semble être un visage et son reflet ne l’est donc pas : la réflexion est une illusion.
Après les portraits ci-dessous, je vous invite à découvrir l’envers du décor à travers une photographie qui révèle le dispositif de prise de vue.
SENS & MÉTAPHORE
La suite de ma démarche en bas de page...
Alix
Antoine
Maria
Ruddy
TraMi
Nassim
Minseo
Mirko
Carolina
Ismaël
Casey
Romain
Frédérique
L'envers du décor : portraits de face (photo de gauche) et réflexion DANS LE MIROIR (photo de droite)
SENS & MÉTAPHORE DU PROJET RÉFLEXIONS
Au-delà de l’émotion que peuvent susciter les photographies, RÉFLEXIONS sollicite celle ou celui qui les regarde et l’entraîne progressivement vers différents niveaux de lecture, de questionnement et de compréhension.
✦ AU PREMIER REGARD se révèle la photographie épurée d’un double portrait : un visage et ce qui semble être sa réflexion dans un miroir, dans lequel le modèle adopte une posture attentive mais passive, au regard intense soutenu par l’ombre d’un sourire.
Mais au second regard, émergent les différences vivantes qui animent les deux portraits.
La réflexion n’est pas parfaite. Et cette imperfection ne se révèle que si l’on y prête attention. Elle invite alors à s’interroger : pourquoi ces deux portraits sont-ils différents ? S’agit-il réellement d’un reflet ? Y a-t-il un portrait vrai et un portrait faux ? Et où se situe la réalité ?
RÉFLEXIONS interroge ainsi la frontière entre réalité et illusion — une frontière qui dépend aussi du regard et de la perception de celle ou celui qui observe.
✦ AU SECOND NIVEAU, le double portrait déplace le questionnement du modèle vers celui ou celle qui regarde.
Qu’est-ce qui relie ces deux visages, si identiques et pourtant différents ? L’un est-il plus authentique que l’autre ? L’un est-il réel et l’autre une illusion ? Et sur quoi fondons-nous nos certitudes lorsque nous cherchons à distinguer le vrai du faux, la réalité de l’illusion ?
Au-delà de ces différences, existe-t-il une présence singulière qui demeure et relie les deux portraits à un même être ? Quel est ce point unique, authentique, qui nous permet de reconnaître une personne à travers la multiplicité de ses expressions et de ses apparences ? La réalité n’est-elle pas finalement ce qui émerge au-delà de l’apparence ?
RÉFLEXIONS invite alors celle ou celui qui regarde à prendre du recul sur sa vision familière, à déplacer son point de vue et à dépasser l'habituel et le connu pour tenter de discerner l’être derrière le personnage.
✦ LE TROISIÈME PALIER inverse les rôles et entraîne celle ou celui qui regarde de l’autre côté du miroir.
À force d’observer les deux portraits, d'en détailler les différences, on finit par percevoir ce qui demeure : derrière ces deux visages, c’est toujours le même être qui se tient là.
Et c’est alors que le regard bascule. À l'instant même où l’on commence à le reconnaître derrière les apparences, on réalise que lui aussi nous regarde.
Depuis l’autre bord de l’image, le modèle nous observe intensément. Deux paires d’yeux sont fixées sur nous, comme si cet être que nous cherchions à saisir derrière les apparences nous avait, lui aussi, reconnus.
Cette bascule amplifie alors le sentiment d’irréalité et brouille un peu plus la frontière entre ce que nous pensions réel et ce que nous tenions pour illusion.
Et dans ce vacillement, quelque chose en nous peut à son tour émerger. L’être révélé dans l’image semble s’adresser directement à l’être en nous, comme s’il venait réveiller ce qui, derrière nos propres apparences, attendait à son tour de se manifester.
RÉFLEXIONS devient alors la rencontre d’un être vrai avec un autre. Une invitation à dépasser les illusions et à retrouver, au-delà de nos apparences, le souvenir de ce qui nous relie — et nous porte à vivre, aimer et créer ensemble.


